Vous avez dit censure ?

Pour moi, la littérature jeunesse peut tout dire aux enfants, mais elle ne doit pas le faire n'importe comment.

En tant qu'auteur, je pratique l'autocensure et, si j'écris d'abord sans me préoccuper du public, je revois ensuite mes textes et pèse tous les mots. Cette intervention est évidemment subjective et dépend avant tout de la manière dont je vois les choses à l'instant où je travaille mon texte. Cette autocensure varie dans le temps et je vais sans doute plus loin aujourd'hui qu'autrefois.

Je pense aussi qu'il existe une forme de censure chez les éditeurs. Il est évident que certains acceptent certaines choses que d'autres refusent. En conséquence, la perception que j'ai du monde de l'édition m'amène à proposer mes textes en fonction de ce que je ressens de l'esprit de chaque maison. Il m'arrive aussi d'avoir des discussions avec mes éditeurs sur les textes que je leur soumets, certains étant plus difficiles à convaincre que d'autres. Cela dit, quand l'écoute est bonne et que chacun essaye de comprendre la position de l'autre, on peut arriver à des compromis tout à fait acceptables qui peuvent aussi permettre à l'un comme à l'autre d'évoluer.

J'ai bien sûr rencontré de nombreuses formes de frilosité, voire de rejet, par exemple avec " La Guerre d'Eliane " dont un éditeur trouvait certaines scènes trop dures. C'était sa vision, vision que je ne partageais pas, mais j'avais apprécié la franchise. J'ai aussi parfois eu des rejets sur les salons, par exemple avec ce père qui m'a fait des remarques à propos d'un dessin du " Catalogue de Charrettazinzins ". Que ce soit un éditeur ou un prescripteur, je respecte le choix de l'autre si celui-ci est clairement exprimé et, si j'en ai l'occasion, j'explique le mien et argumente calmement.

Philippe Barbeau

Texte proposé à l'occasion de la journée des professionnels - salon de Beaugency 2009